Sotchi 2014

C'est parti pour la XXIIe Olympiade d'hiver ! 98 titres olympiques seront décernés à Sotchi où pas moins de 12 nouvelles épreuves seront disputées pour la première fois aux Jeux Olympiques. Depuis la « semaine internationale des sports d'hiver » de Chamonix en 1924 (rebaptisée rétrospectivement Jeux Olympiques d'hiver deux ans plus tard), le « programme olympique hivernal », s'il ne s'est pas transformé en profondeur, a vu son nombre d'épreuves considérablement augmenter. 

Commençons par ce qui est peut-être le plus original ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines disciplines d'hiver ont figuré, dans un premier temps, au programme des Jeux d'été. Des compétitions de patinage artistique se sont déroulées à Londres en 1908, puis à Anvers en 1920, Olympiade également marquée par l'apparition du hockey sur glace au programme des Jeux. Patinage artistique et hockey sur glace sont devenus définitivement des sports d'hiver en 1924.

La Charte Olympique pose désormais, par sa règle 6, un principe clair : « seuls les sports qui se pratiquent sur la neige ou sur la glace sont considérés comme sports d'hiver ». Ceci étant, pour les Jeux d'hiver, il semble plus pertinent de parler de disciplines sportives que de sports. En effet, dans le programme olympique, le terme « ski » regroupe des disciplines parfois très différentes (ski alpin, ski de fond, combiné nordique, saut à skis, ski acrobatique), alors que le « patinage » peut, quant à lui, être artistique ou de vitesse, sur piste longue ou courte (on parle alors de short-track). A Sotchi, quinze disciplines seront de la partie.

Au cours de l'histoire, certaines disciplines ont connu un parcours olympique pour le moins accidenté. Prenons l'exemple du curling (je me souviens avoir découvert ce sport lors d'une de mes nuits blanches olympiques pendant les JO de Salt Lake City ; j'ajoute que si je me levais à trois heures du matin, c'était plutôt pour voir du ski ou du patinage mais les joies des retransmissions font parfois que...). Ceux qui seraient étonnés d'appendre que le curling est bel et bien au programme des Jeux se verront répondre qu'il était déjà présent à Chamonix en 1924. Le drame du curling, c'est qu'il est redescendu de l'Olympe pendant 74 longues années avant d'être de nouveau adoubé à Nagano en 1998. Tout est donc bien qui finit bien pour le curling ! Son collègue skeleton a connu le même type de galère, peut-être même pire car, après une brève apparition en 1928, il a fait un éphémère retour en 1948 avant de rentrer de nouveau dans la cour des grands en 2002. La patrouille militaire n'a pas eu cette chance. Ancêtre du biathlon, elle fait partie de ces disciplines aujourd'hui disparues dont le nom peut prêter à sourire. Relais par équipes combinant ski de fond et tir sur silhouette (et non sur cible comme au biathlon), la patrouille militaire a figuré au programme des JO de 1924 pour devenir ensuite un simple sport de démonstration aux Jeux de 1928, 1936 et 1948.

Le programme des premières éditions des JO d'hiver peut s'analyser comme un compromis entre les disciplines pratiquées dans les contrées Scandinaves et celles qui sont plutôt l'apanage des pays alpins et Anglo-saxons. Les Jeux de Garmisch-Partenkirchen de 1936 voient se dérouler les premières épreuves de ski alpin et le programme féminin s'étoffer. Entre 1964 et 1984, le nombre d'épreuves inscrites au programme a tendance à stagner avec l'ajout de seulement cinq nouvelles épreuves. Depuis les Jeux de Sarajevo de 1984, le programme s'est considérablement rallongé avec l'inscription de nouvelles disciplines (short-track, biathlon féminin) et l'ajout de nouvelles distances en ski de fond. Les années 1990 et 2000 voient l'arrivée de nouvelles disciplines plus « extrêmes » telles le ski de bosses, le ski cross et bien sûr, le snowboard. Les JO de Sotchi ne sont pas dépourvus de nouveautés, je vous les récapitule :

  •  le ski halfpipe ;
  •  le ski slopestyle ;
  •  le snowboard slopestyle ;
  •  le slalom parallèle en snowboard ;
  •  le saut à ski se féminise (enfin) ;
  •  le patinage artistique en équipe ;
  •  le relais mixte en biathlon ;
  •  le relais en luge (les équipes peuvent être mixtes).

Si le CIO poursuit le développement du programme féminin et consacre des épreuves mixtes, il n'en demeure pas moins que la part belle est offerte à des disciplines plus extrêmes, sans aucun doute plus susceptibles de plaire aux nouvelles générations. Les Jeux Olympiques auraient-ils peur de se ringardiser face aux X Games ?

Malgré l'augmentation quasi constante du nombre de délégations participantes, les JO d'hiver restent pointés du doigt en raison de leur manque d'universalité. Même si les choses commencent à évoluer, il est vrai que ces Jeux restent globalement l'apanage de l'Europe et de l'Amérique du nord et n'atteignent donc pas le même niveau de mondialisation que ceux d'été. Les disciplines d'hiver ne sont, en effet, pas aussi universelles que celles d'été, ce qui explique sans doute pourquoi les JO d'hiver n'ont ni la même popularité ni le même retentissement que les éditions estivales. A titre de comparaison, « seulement » 88 délégations seront présentes à Sotchi alors que 204 avaient fait le déplacement à Londres.